Il y a un peu plus de trois ans, quand j’étais encore sur le réseau de l’oiseau bleu, une copine nous a proposé de faire une expérience sociale : que nous changions de genre pour deux semaines. Les hommes renommaient leur compte avec un prénom/pseudo féminin, mettaient une PP1 en adéquation. Les femmes faisaient l’inverse. L’idée était que les hommes se rendent compte un peu de ce que vivent les femmes sur les réseaux sociaux : mansplaining2, dick pics3 et autres “joyeusetés” comme la décrédibilisation de la parole au prétexte que c’est une femme qui le dit. À cette époque, j’avais déjà fait mon coming-in4 depuis 7 ans. Juste, je ne me sentais pas légitime et me pensait trop vieille (en vrai, il n’est jamais trop tard pour entamer une transition). Je vous renvoie à mon billet sur ma transition. Cette expérience a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Plutôt que de mettre une PP manga, abstraite ou bien d’une photo de femme trouvée sur Internet, j’ai fait un selfie et j’ai appliqué un filtre “gender swap” FaceApp.
Deux photos cote à cote. La première, à gauche, montre Gwen telle qu'elle était à cette époque : socialement un homme, les cheveux courts, dégarnis, plus sel que poivre. La deuxième, à droite, est le résultat d'un filre de féminisation avec l'application FaceApp : une femme, la trentaine, cheveux chatains longs avec du volume
Ok, le filtre m’avait aussi bien rajeunie. Mais quand même, je n’ai pu m’empêcher de pleurer en voyant ce à quoi j’aurais pu ressembler si j’étais née “femme”, si j’avais entamé ma transition plus tôt. Pour info, la ressemblance sur cette photo avec ma petite sœur est flagrante.
Au terme de l’expérience, j’ai fait mon coming-out, le 11 septembre 2021, à mes mutu·e·s5 safes.
New Game+
Peu de temps après, le 17, j’ai fait mon coming-out à la femme qui partageait ma vie à cette époque, puis à mes proches et enfin au travail, et donc le reste du monde, le 3 janvier 2022. Deux semaines après, j’entamais mon THS6. C’était le début d’une nouvelle vie littéralement. J’étais enfin publiquement une femme. Très vite, je me suis mise à vivre ce que toutes les femmes vivent dans l’espace publique : être suivie, sifflée, “draguée”, avoir l’impression d’être transparente sur les trottoirs. Les gens qui ne me connaissaient pas d’avant, me coupaient la parole en réunion, mecspliquaient mon job d’experte.
Je me souviens d’un post sur un réseau social, où une femme trans disait que faire une transition MtF7, c’était un peu comme un New Game+ : on débloque de nouvelles tenues, de nouveaux skills, le monde est plus hostile, le danger est partout. C’est tellement vrai.
Mes amis/pote (que des hommes) ont pris leurs distances avec moi. Ça a commencé par ne plus me faire la bise, puis ne plus m’inviter jusqu’à disparaître. Tous sauf un, mais lui, c’est une crème, c’est vraiment le seul homme en qui j’ai toute confiance. Je le connais depuis que j’ai 20 ans, on se voit régulièrement, il prend des nouvelles. Autant les mecs se sont barrés de mon cercle d’ami·e·s, autant les femmes m’ont accueillie à bras ouvert. J’ai plus d’amies que je n’en ai jamais eu dans toute ma vie en tant qu’homme. Et franchement, je ne le regrette pas. Elles m’apportent tellement. Sans elles, ma vie serait bien plus difficile. J’ai plein d’amies avec qui on parle de tout, sans tabou.
Abricot
Autant, je n’ai jamais souffert réellement de dysphorie de genre, en tout cas pas au point de vouloir en finir, de me mutiler (même si depuis mon coming-in, il m’était de plus en plus difficile de rester au placard), autant j’ai toujours fait de la dysmorphie en ce qui concerne mes organes génitaux. J’ai donc pris rendez-vous avec un chirurgien dans le public. Je l’ai vu en janvier 2023. À ce jour, j’attends encore qu’il me donne une date. Excédée par l’attente, d’avoir pour seule réponse “on vous préviendra 4 semaines avant” à chaque fois que je demandais quand est-ce que je pourrais enfin bénéficier d’une vaginoplastie. De guerre lasse, j’ai fini par aller voir dans le privé. J’ai eu un premier rendez-vous début avril 2023 (à peine un mois après la prise du rendez-vous), puis un second début mai qui peut se résumer ainsi :
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Bonjour Mme Fichant, toujours partante ?
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Oui Docteur
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Le 1er juillet, ça vous va ?
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Bien-sûr !
Certes, j’ai dû faire un crédit pour payer des dépassements d’honoraires, mais franchement, je ne le regrette pas.
J’envisage de faire d’autres chirurgies d’affirmation de genre, pour finir de me sentir bien dans mon corps.
Quoi qu’il en soit, je vis ma meilleure vie depuis plus de 50 ans. Je ne regrette rien.
Selfie de Gwen attedant le tram. Elle porte un body blanc. Son sac à main noir est accroché à son épaule. Ses cheveux sont roux et elle porte un casque audio. Un pendentif réprésentant un fleur de cerisier habille son décolté. Elle sourit
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Photo de Profil, qui sont bien souvent de face â©